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L’Epouse du Cantique des cantiques

19/12/2022

L’Epouse du Cantique des cantiques

   « La voix de mon bien-aimé ! C’est lui, il vient… Il bondit sur les montagnes, il court sur les collines,     mon bien-aimé, pareil à la gazelle, au faon de la biche. Le voici, c’est lui qui se tient derrière notre mur : il regarde aux fenêtres, guette par le treillage. Il parle, mon bien-aimé, il me dit : Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens… » La tradition d’Israël rapporte que le roi Salomon écrivit le Cantique des cantiques en sa jeunesse, le Livre des Proverbes en sa maturité et le Qohelet (ou « l’Ecclésiaste ») dans l’amertume de son grand âge. Il est vrai que le nom donné au fils de David au jour de son sacre avait été « Yedidya » (le « Bien-aimé de Yahvé » (2 S 12, 24),

 

  le nom qui est précisément donné au fiancé du Cantique des Cantiques. Cet extraordinaire chant d’amour, placé en tête des cinq livres sapientiaux (comme le livre de la Genèse au début du Pentateuque) célèbre la passion d’un couple, le bien-aimé et la bien-aimée, qui se rejoignent et se perdent, se cherchent et se retrouvent à nouveau… avec la même passion qui unit l’Eternel et notre humanité.
     
      A cet instant du Livre que la liturgie nous donne de rejoindre, il semble bien qu’un nuage se soit glissé dans la relation des amoureux et la fiancée surnommée la « Sulamite » est retournée chez elle au Liban. Son nom signifie « Celle de Salomon » ou la « Pacifiée » mais la Sulamite évoque un autre visage féminin que nous avons croisé hier, la « Shumanite », Abishag, la Vierge Israël. Voilà donc la fiancée de retour chez elle, au milieu des nations païennes. Va-t-elle répondre à l’invitation du roi-messie de partager et son amour et son trône. Ecoutons la supplication du psaume 144 : « Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ; oublie ton peuple et la maison de ton père : le roi sera séduit par ta beauté. Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui. Alors, fille de Tyr, les plus riches du peuple, chargés de présents, quêteront ton sourire. Fille de roi, elle est là, dans sa gloire, vêtue d’étoffes d’or ; on la conduit, toute parée, vers le roi. Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ; on les conduit parmi les chants de fête : elles entrent au palais du roi. A la place de tes pères se lèveront tes fils ; sur toute la terre tu feras d'eux des princes. Je ferai vivre ton nom pour les âges des âges : que les peuples te rendent grâce, toujours, à jamais ! » (Ps 44, 11-18). Le Trois fois Saint d’Israël vient habiter l’histoire de son peuple par l’amour réciproque et bondissant de deux cœurs éternellement jeunes qui se recherchent et s’accordent.

 

Le printemps venu qui est la saison des amours, Salomon délaisse les palais de Jérusalem pour se rendre au-devant de celle que son cœur désire. Oser l’audace d’une visite en vue d’une réconciliation. L’aimé arrive, il l’appelle de loin. L’aimée reconnaît sa voix, elle sursaute, court à la fenêtre et le regarde approcher, mais comme une tourterelle effrayée, elle se cache, timidité ou plutôt vertige de l’amour. L’aimé arrive, court d’une fenêtre à l’autre de la demeure champêtre, recherche sa bien-aimée des yeux entre les lattes entrecroisées de la claire-voie. Se laissera-t-elle apercevoir ? Puis par deux fois, le fiancé l’appelle et l’invite à prendre la clé des champs. Elle hésite à répondre, va-t-elle se risquer à tout jouer de sa vie sur un coup de cœur ? Sa poitrine s’enfle d’aise et de joie… « Voici, je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un entend ma voix et qu'il ouvre la porte, j’entrerai chez lui… » (Ap 3, 20). Qu’en est-il de mon désir profond de prendre la clé des champs avec Celui qui espère d’une manière absolue la communion jubilante de mon cœur ? Prenant à pleines mains nos pas de côté et nos trop rapides consentements, l’Eternel joue et jongle avec nos dérobades et nos profonds acquiescements : son alliance est offerte à jamais en cet enfant né de la lignée de Yedidya.

 

P. Pascal-Grégoire