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Abishag, l’épouse inépousée 

19/12/2022

Abishag, l’épouse inépousée 

     « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel. » A quelques heures de Noël résonne à nouveau ce texte d’Isaïe mêlant tout à la fois espérance, impatience et mystère. De quel enfant parle le prophète ? Quelle peut bien être cette vierge ? Qui représente-t-elle ? Nous avons bien des fois rappelé le statut d’incomplétude ou d’inaccomplissement qui s’attachait au statut des jeunes filles vierges en Israël. 


  Cela ne veut pas dire qu’elles ne comptent pas aux yeux de leurs contemporains, et encore moins dans le dessein de l’Éternel. Une vierge est associée à la dynastie davidique. Elle semble n’être mentionnée qu’en passant, mais en un lieu déterminant, le début du Second Livre des Rois. Il s’agit d’Abishag, la dernière épouse du roi David. Or les « livres historiques » de la Bible débutent tous par la promesse qu’incarne un couple qui se forme : Rahab et Salmone au début du Livre de Josué, Aksa et Othniel pour le Livre des Juges, Anne et Elqana pour le Premier Livre de Samuel… sans oublier Eve et Adam au premier chapitre de la Genèse et le couple des parents de Moïse au début de l’Exode. Il ne faudrait donc pas passer trop vite et ignorer cette dernière épouse de David dont le texte répète de façon têtue que « le roi ne la connut pas »…

 

    David a eu de nombreuses épouses, de Mika, la fille de l’ancien roi Saül, à Bethsabée qu’il a ravie à Urie son loyal officier, épouses qu’il a établies en son nouveau palais de Jérusalem et qui lui ont donné de nombreux fils. Le roi se fait vieux, le quartier des femmes bruisse de rumeurs sur la succession et l’heure est grave. C’est dans ce contexte que les serviteurs du roi interviennent auprès de David inquiet pour sa santé : « Que l’on cherche pour mon seigneur le roi une jeune fille, une vierge. Elle se tiendra devant le roi et prendra soin de lui. Elle se couchera tout contre toi, et cela tiendra chaud à mon seigneur le roi » (1 R 1, 2). Mais qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas de trouver une « papy-sitter » à David, voire même une plaisante bouillotte. Une accorte esclave aurait fait l’affaire et le Livre de l’Alliance n’aurait pas cherché à en garder la mémoire. Non, l’affaire est de première importance : « On chercha une belle jeune fille dans tout le territoire d’Israël. On trouva Abishag la Shunamite, et on la fit venir chez le roi. La jeune fille était vraiment très belle ; elle prit soin du roi et fut à son service, mais le roi ne s’unit pas à elle » (1 R 1, 3-4). Dans la plaine d’Izréel, la ville de Shuman est l’une des plus anciennes cités du Royaume, mentionnée déjà plusieurs siècles auparavant dans les annales du Pharaon Akhenaton. Recevant en alliance Abishag, c’est la Terre Promise par l’Eternel que David épouse, ou plus exactement que sa descendance reçoit en partage. Un des fils de David, Adonias, l’a bien compris qui, à la mort de son père, veut s’unir à la jeune veuve. Il en mourra pour avoir voulu ravir ce qui ne peut appartenir qu’à l’élu de Yahvé (1 R 2, 12-25). 

 

    Abishag est la Vierge Israël chantée par les psaumes. Elle représente le peuple d’Israël qui parlait naguère à David comme une épouse parle à son époux, « nous sommes de tes os et de ta chair » (2 S 5, 1). Pour la trouver, les émissaires du roi ont parcouru l’ensemble du territoire d’Israël dont elle est la plus belle figure, la plus belle des vierges du Peuple choisi. Et en même temps, Abishag est cette jeune femme bien réelle, placée au cœur des intrigues du palais. Là au cœur des tensions et des violences de l’histoire,  elle veille sur le Messie du Seigneur et sa maison comme dans l’attente d’une autre jeune femme, qui, comme elle, « n’a pas connu d’homme » et qui sera fiancée à un homme de la maison de David (Lc 1, 27). Une vierge de Nazareth, une ville de Galilée sise de l’autre côté de la vallée d’Izréel, faisant face à la vieille cité de Shunam comme les deux kérubins de part et d’autre de l’arche de l’Alliance.

 

P. Pascal-Grégoire