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La fille de Jephté, une Vierge pour la vie

17/12/2022

La fille de Jephté, une Vierge pour la vie

« Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon. » Il n’est pas certain que cet oracle d’Isaïe ait été bien accueilli à la cour du roi Acaz. Certes la parole du prophète annonce une ère de paix mais on aimerait bien connaître le nom du père en terre d’Israël. Et la lumière portée sur l’histoire d’une vierge fait froncer les sourcils. Dans les clans d’Israël, on est fait pour devenir père ou mère, et mourir vierge passe pour une malédiction

. C’est comme si vous étiez indigne de voir surgir de votre descendance la figure à venir - et si attendue -, du Messie, voire de le refuser. C’est sur cet arrière-fond socioreligieux qu’il faut entendre l’histoire tragique de la fille vierge de Jephté, l’un des derniers Juges d’Israël.

 

Jephté gouverne les tribus d’Israël et il n’a qu’une fille, une fille dont la mémoire biblique n’a pas même conservé le nom. Alors que Jephté s’apprête à combattre les Ammonites, il fait un vœu à l’Eternel, aussi terrible qu’inconsidéré : « Si tu livres les fils d’Ammon entre mes mains, la première personne qui sortira de ma maison pour venir à ma rencontre quand je reviendrai victorieux appartiendra au Seigneur, et je l’offrirai en sacrifice d’holocauste » (Jg 11, 30-31). Victorieux, il rentre fièrement chez lui, mais voilà que c’est sa fille qui, la première, sort de la cité pour l’accueillir et l’acclamer. Jephté est pris à son propre vœu. La jeune fille ne proteste pas. Elle demande juste la permission de pouvoir se rendre avec ses amies sur les montagnes « y pleurer sa virginité » (Jg 11, 37). Ce laps de temps écoulé, son père « fit à son égard le vœu qu’il avait voué » (Jg 11, 39). Tout est dit avec sobriété de narration et sans pathos. Mais on sent bien que l’Éternel n’est pas d’accord, même si l’esprit du Seigneur a reposé sur Jephté en tant que juge d’Israël (Jg 11, 29). Car Jephté est bien trop accaparé par l’image qu’il veut donner de lui aux hommes d’Israël. De fait, Jephté n’est pas tenu d’honorer ce vœu qui n’a pas été reconnu comme tel (un vœu injuste ou transgressif ne doit pas être honoré en Terre d’Israël, cf. 1 S 14, 24) mais il est hanté par son ambition : que vont penser ses soldats ? Pourquoi sa fille ne l’a-t-elle pas attendu bien au chaud au sein de leur maison ? Alors que son père se répand en lamentation, la jeune fille réplique : « Mon père, tu as parlé trop vite devant le Seigneur, traite-moi donc selon ta parole, puisque maintenant le Seigneur t’a vengé de tes ennemis, les fils d’Ammon » (Jg 11, 30). La jeune fille était donc au courant des modalités du vœu imprudent de son père avant de sortir de sa demeure. Face à cet homme qui est tenté par la violence et le sang (ne massacrera-t-il pas par pure vengeance des milliers d’Ephraïmites, pourtant des fils d’Israël ? cf. Jg 12, 1-6), la jeune femme décide qu’il ne prendra pas une nouvelle vie parmi les fils d’Israël. Qu’il choisisse : se montrer père ou se montrer tyran ! Jephté au retour de sa fille ira jusqu’au bout de sa logique. Personne ne mourra à la place de la jeune femme : par le don de sa vie, la fille de Jephté est devenue mère d’Israël. 

 

Le frère Philippe Lefebvre, o.p., propose toutefois une autre relecture de la conclusion de cet épisode. Observant que le texte biblique ne parle jamais positivement de la mort de la jeune fille mais de l’expression « je l’offrirai en offrande », il y reconnaît la trace d’une consécration totale de la jeune femme à Dieu. Comme dans le cas d’Isaac, le fils d’Abraham, Dieu veut « simplement » que la jeune fille lui soit offerte, qu’elle puisse être placée du côté de la vie, qu’elle puisse ainsi monter vers Lui avec confiance. Quand Dieu demande que soit « offert » un fils ou une fille, cela ne veut pas dire détruire cette vie. C’est la faire passer complètement du côté de Dieu. Vie offerte pour son peuple, vie offerte à son Dieu, la vierge, fille de Jessé, prend place à sa manière parmi les ancêtres du Messie.

 

P. Pascal-Grégoire