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Athalie aux mains rougies

07/12/2022

Athalie aux mains rougies

« Si seulement tu avais prêté attention à mes commandements, ta paix serait comme un fleuve, ta justice, comme les flots de la mer. Ta postérité serait comme le sable, comme les grains de sable, ta descendance ; son nom ne serait ni retranché ni effacé devant moi. » Il peut sembler bien incongru, voire malséant de rappeler la présence d’une reine infanticide parmi les ancêtres du Messie. Pourtant elle est bien là, Athalie au nom si peu honoré (« Yahvé a exalté »), - tout comme sa mère, Jézabel, l’implacable ennemie du prophète Élie.

 

 En effet, égrenant avec Matthieu la généalogie du Christ, lorsque nous lisons : « Josaphat engendra Joram, Joram engendra Ozias, Ozias engendra Joatham, Joatham engendra Acaz… » (1, 8-9), nous retrouvons, avec des noms à peine déformés par le temps, les protagonistes de ces drames dynastiques qui ensanglantèrent les cours royales de Samarie et de Jérusalem en des temps immémoriaux. Non, cela ne semble pas plus offusquer le Trois Fois Saint d’Israël de compter en ces ascendants à côté de grandes figures de croyants d’autres histoires trajectoires, d’autres histoires tourmentées y compris celles d’apostats et de criminels. De la même manière qu’Il vient pour tous, les justes comme les pécheurs, Il consent et assume de descendre de tous.

 

Athalie est présentée dans les Livres saints comme une reine idolâtre et ambitieuse. Descendante des rois d’Israël vivant dans un luxe effarant mais aussi des riches princes négociants de Tyr, Athalie fut donnée en mariage au « petit » roi de Juda Joram qui marqua d’un coup d’éclat les débuts de son règne… en assassinant ses six frères cadets et « quelques-uns aussi des chefs d’Israël » (2 Chr 21, 2–4) qui avaient sûrement eu le tort de venir se réfugier à la Cour de Jérusalem. Un règne si mal auguré ne pouvait que mal finir. Joram, aiguillonné par son épouse, entraîna son peuple dans l'idolâtrie, réinstalla en Juda les hauts lieux que son père avait pourtant détruits, et « poussa les habitants de Jérusalem à la prostitution » (2 Chr 21, 11). Selon le rédacteur des Livres des Chroniques, le prophète Élie lui fit savoir qu'en punition de ses crimes, de son impiété et de sa politique religieuse, un grand désastre s'abattrait sur son peuple et ses proches, et que lui-même périrait d’un mal horrible. Lui succéda son fils Ochozias (Ozias), le seul prince qui jusque–là avait survécu aux guerres claniques incessantes. A son tour, il fut assassiné lors d’un séjour à Samarie. Restée seule à Jérusalem et comme prise de folie, la reine-mère Athalie fit massacrer ses propres petits-enfants. Qu’il ne reste aucun surgeon de la race de David ! Ainsi Athalie était parvenue à mettre en échec d’une façon radicale la promesse solennelle que Yahvé avait faite à son ami David selon laquelle le Messie descendrait de son sang. 

 

Mais ce qu’une femme a pu faire et détruire, aussi puissante soit-elle, Dieu peut le reprendre et le relever par les mains d’une autre femme. Une silhouette veille dans l’ombre, Joshabeth, l’épouse du grand-prêtre de Yahvé. Elle est aussi la fille d’Athalie : « Lorsqu’Athalie, mère d’Ochozias, apprit que son fils était mort, elle entreprit de faire périr toute la descendance royale, dans la maison de Juda. Mais Josabeth, fille du roi Joram, prit Joas, fils d’Ochozias, pour le soustraire au massacre. Elle le cacha, lui et sa nourrice, dans une chambre de la Maison du Seigneur. Josheba, fille du roi Joram et femme du prêtre Yehoyada, – elle était en effet la sœur d’Ochozias – le dissimula ainsi aux regards d’Athalie, qui ne put le mettre à mort. Joas demeura avec Josabeth pendant six ans, caché dans la Maison de Dieu, tandis qu’Athalie régnait sur le pays » (2 Chr 22, 10-12). Viendra l’heure où la lignée de David pourra restaurer le culte de l’Éternel en sa ville sainte : « Et Joas fit ce qui est agréable à Yahvé pendant toute sa vie car le prêtre Yehoyada l’avait instruit » (2 R 12, 3). Venu sauver les bons et les méchants, les justes et les injustes, le Fils de l’Homme assume tout de nos tragédies et de nos folies jusque dans la mémoire charnelle de ses aïeux… pour conduire cette histoire glorieuse et blessée dans l’offrande totale au Père.

 

P. Pascal-Grégoire