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En paroisse

Prendre le temps de lire et de méditer la Parole de Dieu

Faire le détour

19/03/2022

Faire le détour

Comme en tous ces dimanches de Carême, la liturgie nous ramène aux grands textes de la Révélation divine. Ainsi Moïse à l’Horeb.  Nous connaissons presque par cœur ce texte. Mais justement avant de poursuivre, fermons les yeux.

 Représentons-nous la scène telle que nous venons de la lire. Que fait Moïse ? Quelles sont ses actions ? Quels sont les traits saillants de ce dialogue que l’Éternel vient instaurer pour la première fois avec son serviteur Moïse ? 

 

…. Et c’est là que tous nous nous apercevons que nous laissons tomber souvent beaucoup de miettes du repas auquel le Seigneur nous convie. Mais ne nous affligeons pas trop sur les limites de notre mémoire : le Seigneur nous servira toujours en abondance sa Parole. Une seule chose compte : ne pas la recevoir avec un cœur dédaigneux, avec un cœur qui calcule. Tout d’abord, faire mémoire de l’identité de ce Moïse au moment où nous le rejoignons sur l’Horeb. Ce que le Livre de l’Exode nous raconte, c’est qu’il est un fugitif, un déclassé. Il a vécu jusqu’il y a peu dans les ors et les fastes du palais de Pharaon (pour évoquer ce monde, rappelez-vous les trésors retrouvés dans la tombe de Toutankhamon…) et maintenant, il n’a plus rien. Les troupeaux qu’il mène paître, sont ceux de son beau-père. S’il en est arrivé à une telle extrémité, c’est qu’il a tué. C’est un meurtrier qui a fui le monde civilisé pour se cacher dans les marges incertaines du désert. Il a bien fondé une famille mais lui, un fils de l’Alliance, a épousé la fille d’un prêtre païen et le nom de son fils premier-né dit mieux que de grands discours le regret d’avoir fui le pays qui l’a vu grandir, Gershom (« Emigré là »). Rien de bien reluisant dans cette vie qui s’enterre au désert, un horizon de roches et de maigres chèvres, peut-être la consolation de voir grandir ses enfants et les enfants de ses enfants… 

 

« Moïse mena le troupeau au-delà du désert » Étrange formule, qu’est-ce qu’il peut bien voir au-delà de ce qui est déjà la fin du monde habité, de l’univers fréquenté par les humains ? Et il n’y va pas seul. Il est accompagné par son troupeau. C’est bien dans son quotidien, dans son ordinaire qu’il vit ce premier décrochement qui le conduit à la montagne de Dieu, à l’Horeb. Qu’est-ce que cela peut nous faire pressentir de notre propre cheminement ? Aller plus loin que… mais sans fuir notre monde, nos responsabilités, nos engagements…  C’est alors que Moïse aperçut un « buisson qui brûlait sans se consumer » Quelque chose fait signe. Que va-t-il faire ? « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire. » Faire un détour, consentir à perdre du temps mais pas seulement. C’est aussi mobiliser de l’énergie et de la volonté pour un résultat que l’on ne maîtrise pas. « Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour » Alors peut avoir lieu la rencontre. Cela peut être très profitable de relire ces détours de ma vie, ces passages qui ne s’imposaient pas, ces mois ou ces années qui n’entrent pas dans un profil de carrière ou des objectifs bien affirmés… Et si c’était que se jouait la possibilité d’une rencontre avec le Trois Fois Saint ?  

 

Nous en sommes bien convaincus : l’Éternel n’appelle pas Moïse pour faire du tourisme spirituel. Détour n’est pas tour-operator ! Répondant à l’appel de son nom propre, Moïse fait l’expérience du Nom de Dieu. Il est à la fois le Dieu des Pères et le Dieu qui ne supporte pas la misère infligée à ses enfants. C’est là son Nom à jamais. De toujours à toujours. Il est « JE SUIS » La vocation de Moïse est convocation à la liberté pour son peuple. Exit les rêves doux-amers d’une vie familiale aux confins des steppes de Madian. Exit aussi les phantasmes d’un Moïse justicier pour les siens à la force de ses poings. Moïse entend qu’il lui faut repartir pour se mettre au service du projet de Dieu qu’il ne connaît pas encore mais qu’il découvre être Celui qui est vie et liberté. Il lui faut repartir auprès de son peuple et lui faire faire cette expérience inouïe d’un Dieu qui s’engage à accompagner l’histoire de son peuple, l’histoire de chacun d’entre nous. 

 

P. Pascal-Grégoire