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En paroisse

Prendre le temps de lire et de méditer la Parole de Dieu

Tentation mortelle

13/03/2022

Tentation mortelle

La page d’Isaïe que nous avons priée ce matin illustre tout à fait l’attitude pour laquelle hier Daniel demandait pardon à l’Eternel, ce refus méprisant d’écouter la Parole de Dieu, attitude qui nous fait croire que nous dominerions les personnes et les événements à notre guise et selon notre bon plaisir (cruelle actualité !).

 La parole du prophète est nette, incisive sans concession alors même qu’il s’adresse pourtant aux puissants de son temps, cette élite richissime et pleine de morgue qui gravite autour des rois de Juda et de Samarie. Ces gens qui croient qu’ils font la pluie et le bon temps, Isaïe les appelle « chefs de Sodome », « peuple de Gomorrhe » du nom de ces deux villes insensées que Dieu a ensevelies sous un déluge de feu et de souffre.

 

Sodome et Gomorrhe, deux noms qui évoquent turpitudes et dévoiement moral. A ce propos, il peut être très intéressant de se rappeler ce que rapporte le Talmud à ce propos. Il y est raconté que le péché de Sodome fut d’abord de ne pas respecter l’hôte au nom du profit et de la jouissance qu’on comptait en tirer…  Et de nous raconter une histoire tout à fait improbable pour mieux nous conduire à la vérité de la Parole. Il y aurait eu à Sodome une table sur laquelle les habitants de la ville faisaient étendre les voyageurs. A ceux qui étaient plus longs que la table, on coupait les pieds pour les mettre à la bonne taille. A ceux qui étaient plus petits, on les étirait pour qu’ils aient la taille requise. Le péché de Sodome, c’est de faire que tout le monde soit pareil. Pourquoi ? Mais pour que cela soit plus pratique, que cela se vende mieux, que cela se manipule mieux… Alors, un homme, une femme… Nous voyons très bien à quelles perspectives cette recherche effrénée du profit et de la jouissance nous conduit aujourd’hui et quel impact cela peut avoir sur nos relations sociales et culturelles, parfois jusqu’à ne plus respecter celui ou celle qui nous est confié(e) comme hôte.

 

Isaïe ne reproche pas à l’élite de son pays d’avoir manqué à ses devoirs religieux. C’est envers quelque chose de plus essentiel qu’elle a failli : la recherche du droit, la dénonciation des méchants, la protection des plus fragiles comme la veuve et l’orphelin… Là réside l’écarlate qui marque le front des puissants qui ont saccagé l’avenir des plus fragiles. C’est ce que dénonce à la même époque Amos dans le Royaume de Samarie : « Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » (Am 6, 4-6). Il n’est pas de culte agréé par Dieu là où sont méprisés, marchandisés, mis-à-l’encan ses enfants.

 

Voilà ce que dit la Parole de Dieu. Toutefois Isaïe ne se contente pas de dénoncer. Il nous dit qu’il est toujours possible de re-choisir la vie, de se convertir en recherchant à avoir un cœur fraternel, un cœur qui ne cherche pas à standardiser, à étiqueter, à consommer l’autre, mais en le laissant être tel que Dieu l’espère en son unicité et son originalité intrinsèque. Et il y a de la place pour lui et pour moi. Alors, lui et moi mangerons les bonnes choses du pays. Sinon c’est la violence dont j’ai fait preuve qui nous happera, lui et moi. Quelques semaines à peine après la prédication d’Isaïe, Samarie devait tomber aux mains des Assyriens.

 

P. Pascal-Grégoire