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En paroisse

Prendre le temps de lire et de méditer la Parole de Dieu

Mon père était un Araméen errant

05/03/2022

Mon père était un Araméen errant

Nous voici à nouveau dans les steppes de Moab, invités à prêter l’oreille au grand discours-testament de Moïse. Alors que le Peuple de Dieu va entrer en possession incessamment sous peu de la terre promise, Moïse leur demande de sacrifier chaque année à une obligation : celle de venir offrir à dates fixes les prémices de leurs récoltes au Seigneur. 

Cette demande est à l’origine de la fête Shavuot (en hébreu « fête des semaines »), la seconde des fêtes juives  qui, avec Pessah (Pâque) et Sukkot (les Tentes), imposait un pèlerinage au temple de Jérusalem. Encore appelée Pentecôte en grec, la fête de Shavuot se célébrait le cinquantième jour après l'offrande de l’omer, la première gerbe d'orge coupée et offerte le lendemain de la Pâque juive.

 

De façon significative, Moïse associe à ce geste une confession de foi que récitera le père de famille : « Mon père était un Araméen nomade, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse. Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage. Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression. » Et il se rappellera alors et il rappellera à ses fils que l’existence qu’ils mènent aujourd’hui est le fruit de l’intervention de Dieu en leur faveur et de leur père, Abraham, le migrant : « Le Seigneur nous a fait sortir d’Egypte à mains fortes et à bras étendus… et il nous a donné ce pays ruisselant de lait et de miel. »

 

La liturgie de ce jour nous presse de faire nôtre cette même profession de foi. Qui finalement sommes-nous ? Nous sommes les descendants de migrants qui, eux-mêmes comme leurs pères, avaient été exposés à la violence et au mépris de plus puissants qu’eux. Qui est notre Dieu ? Il est Celui qui nous a permis de vivre. Ce que nous confessons en faisons nôtre la parole du prophète, c’est que quelques soient nos mérites ou nos capacités personnelles, sans l’intervention de Dieu, nous ne serions que poussière du chemin, cendres dispersées, ombres à peine entrevues. Lorsque les vergers sont florissants et les moissons abondantes, il pouvait être tentant pour les fils d’Israël de se croire être à l’origine de leur prospérité et de se louer de leurs travaux. L’offrande de  Shavuot rappelle que toute vie est d’abord le miracle d’un don premier, du don même de Dieu.

Ce que nous redit la Parole de Dieu, c’est que le migrant n’est pas seulement mon frère qu’aujourd’hui je dois chercher à protéger. Il est aussi mon père. Sans le Seigneur, lui et moi, nous ne posséderions rien, ni maison, ni grange, ni terres sur lesquelles nous avons mis nos noms. Comment aujourd’hui, loyalement, du fond du cœur, pourrai-je Lui exprimer ma reconnaissance et ma gratitude ?

 

P. Pascal-Grégoire