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Une femme a pris la parole

21/12/2021

Une femme a pris la parole

Bien peu de gens étaient au courant de la grossesse d’Élisabeth, et la venue de Marie auprès d’elle jusqu’à la naissance de l’enfant, avait été une vraie bénédiction.

 En effet, ce n’est qu’au moment de l’accouchement que l’incroyable nouvelle de la grossesse de celle qui en avait passé l’âge, parvint aux oreilles incrédules de ses proches : « ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde et ils se réjouissaient avec elle. » Nul doute que parmi ceux qui se pressaient à la porte du prêtre Zacharie, nombreux devaient être ceux qui, des années durant, n’avaient cessé de pousser Zacharie à se séparer d’une femme dont la stérilité jetait l’opprobre tant sur la famille que sur la dignité de son sacerdoce.

 

Alors qu’ils sont maintenant tous là rassemblés pour la fête de la circoncision de l’enfant providentiel, les hommes du clan s’entretiennent gravement sur le choix du prénom. C’est là affaire sérieuse et sur laquelle ils doivent exercer toutes leurs prérogatives, le père de l’enfant ayant été écarté en raison d’un mutisme traumatique survenu lors de son service au Temple. Sûr que ce couple-là ne devait pas être dans les petits papiers de l’Éternel ! Une voix, une voix de femme, s’élève au milieu des chuchotements : « Non, il s’appellera « Dieu a fait grâce » (Yehohanân/Jean). » Comment Élisabeth ose-t-elle ? On essaye de la raisonner : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » Ces pauvres gens sont tellement troublés qu’ils demandent par signe au père comment il voulait l’appeler. Mais Zacharie n’est pas sourd : il est muet ! Le prêtre se fait donner une tablette sur laquelle il grave : « Jean est son nom. »

 

Ce n’est pas seulement par la voix d’une femme, d’une femme humiliée par son clan, par une certaine conception de la religion, que Dieu renverse les perspectives de l’histoire du Salut, c’est aussi par le « non ! » d’Élisabeth, son refus des scénarios mille fois rejoués et des décisions qui viennent bétonner un monde peu sûr pour les petits et les exclus.  « Remplie d’Esprit Saint », Élisabeth est la femme-prophète qui dit « non ! ». Et sa parole célèbre et rend alors accessible la grâce accordée par Dieu à notre humanité. L’Esprit l’emporte sur la lettre. Les rites religieux et les traditions couchés sur le papier n’ont plus maintenant qu’à s’incliner et s’accorder à cet inespéré de la Miséricorde divine, et le vieux prêtre d’écrire : « son nom est ‘Dieu fait grâce’. » Dieu vient, qui va établir sa demeure en notre humanité : Élisabeth dont le nom signifie « Maison de Dieu. »

 

P. Pascal-Grégoire