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Le jour où le sol s'est dérobé...

18/03/2021

Le jour où le sol s'est dérobé...

Me revient en cette fête de l’époux de la Vierge, cette belle antienne de Moustaki : « Voilà c'que c'est mon vieux Joseph que d'avoir pris la plus jolie parmi les filles de Galilée celle qu'on appelait Marie. Tu aurais pu mon vieux Joseph prendre Sarah ou Déborah et rien ne serait arrivé mais tu as préféré Marie. » Et lui, Joseph, de se souvenir de cette journée inoubliable, pleine de soleil et de rires, la journée de ses fiançailles. La fierté des parents et le sourire lumineux de Marie. A 20 ans, il était le roi du monde et Marie règnerait à jamais sur son cœur. 

Dans quelques semaines, il accueillerait sous son toit celle qui était déjà son épouse et ils auraient les plus beaux enfants de la terre dont les ruelles bruisseraient de leurs jeux et de leurs courses-poursuites. Et puis il a appris. Il y a un non-dit, une omission dans notre texte évangélique, et combien nous pouvons la comprendre douloureusement cette retenue qui mêle infinie tristesse, désillusion et peut-être même colère… Qui est venu parler à Joseph ? Est-ce Marie qui a fait venir son fiancé dans la première lumière d’un jour naissant ? Est-ce la mère de la promise qui s’est rendue le soir venu jusqu’à la maison qui était l’objet de toutes les attentions amoureuses de Joseph ? C’est-là affaire de femmes que d’avoir à protéger la vie coûte que coûte. 

 

Joseph tressaille encore du vertige qui l’avait saisi alors. Tous ces rêves de bonheur s’étaient brutalement stratifiés  en un instant avant d’être dissous, emportés, balayés par ce qui n’aurait jamais dû arriver. Que de sentiments amers et terrifiants avaient alors agité ces jours et ces nuits, le visage de Marie traquée et piégée par la horde hurlante des villageois réclamant la mort de la jeune femme adultère. Non cela, jamais Joseph ne le permettrait quoiqu’en dise la Loi de Moïse. Non cela, jamais, il ne le permettrait et il savait de tout son corps, de toute sa mémoire, que le Dieu de ses Pères, le Dieu qu’il priait, lui aussi, jamais ne le permettrait.

 

Joseph ne la dénoncera pas et ne la livrera pas la vindicte populaire. C’est en cela que l’Écriture nous dit que Joseph était un homme juste, un homme qui choisit de protéger la vie comme Dieu est juste en donnant et en redonnant sans cesse toute sa chance, toute sa puissance à la vie. Joseph est juste en ce qu’il choisit de donner encore et encore sa chance à la vie. Et cet octroi de grâce l’ouvre à un avenir inespéré annoncé par l’ange, un avenir où il aura sa place auprès de Marie et de l’enfant à naître. « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit. »   

 

P. Pascal-Grégoire