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Chemin de Carême : Sortir de la bulle

05/03/2021

Chemin de Carême : Sortir de la bulle

Ça, on peut le comprendre qu’il l’ait un peu amère. Lui, il ne s’était pas défilé. Il était resté. Les vaches à « formeuger » deux fois par jour, les vendanges à assurer, la tonte des moutons, la moisson dans la cagnât de l’été commençant… Lui, il avait assuré, avait pris sur lui pour faire tourner la ferme… Et maintenant que l’autre était de retour, comme si de rien n’était, sans avoir donné de signe de vie, sans avoir pris de leurs nouvelles, son père organisait une fiesta comme on en avait vue au domaine. Il avait même fait venir des musiciens… Indécent, insupportable, inadmissible… Le fils aîné n’a même plus de mot pour dire la fureur qui l’étrangle. Et son père qui en rajoute une couche…

Ça, on peut le comprendre qu’il l’ait un peu amère. Lui, il ne s’était pas défilé. Il était resté. Les vaches à « formeuger » deux fois par jour, les vendanges à assurer, la tonte des moutons, la moisson dans la cagnât de l’été commençant… Lui, il avait assuré, avait pris sur lui pour faire tourner la ferme… Et maintenant que l’autre était de retour, comme si de rien n’était, sans avoir donné de signe de vie, sans avoir pris de leurs nouvelles, son père organisait une fiesta comme on en avait vue au domaine. Il avait même fait venir des musiciens… Indécent, insupportable, inadmissible… Le fils aîné n’a même plus de mot pour dire la fureur qui l’étrangle. Et son père qui en rajoute une couche…

 

« Toi mon enfant, tu es toujours avec moi… » Le père a essayé d’expliquer à son fils hors de lui que la vie et le retour du cadet vaut plus que tous les veaux, vaches, cochons (il n’y a pas de cochons en terre d’Israël !), couvées dont nous repaissons notre imaginaire comptable. C’est sans prix un enfant. Mais l’autre demeure butté dans son refus. Alors le père reprend bien tristement : « Toi mon enfant, tu es toujours avec moi…). « Enfant », le mot grec qui traduit ici l’araméen que Jésus a employé, a un sens très précis : teknon, « gamin ».

 

Le frère dominicain Dominique Collin fait observer que, dans l’Evangile de Matthieu, Jésus n’emploie que deux fois ce mot de teknon. C‘est un mot rare. Un mot qui vient d’un verbe signifiant « mettre au monde. » Jésus s’en sert pour relever l’homme paralysé que ses amis avait fait passer au travers du toit de la maison « Petit, tes péchés sont remis. » et, plus loin, après le rendez-vous manqué avec le riche, « petits, combien il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu ! Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. » « Teknon » est relié à la possibilité d’une naissance ou d’une renaissance. Le Père de la parole ne sait que trop que c’est d’abord la perspective de l’héritage qui a retenu son fils aîné auprès de lui. Il sait aussi comment cela l’a empêché de devenir adulte et autonome. Il s’agit maintenant de grandir.

 

Le retour de ton frère est aussi une chance pour toi. Laisse tomber tes fantasmes de possession et de maîtrise du futur. Vis la grâce du moment donné et renais enfin. Sort de ta bulle égoïste et deviens un fils, deviens un frère… Puisse ce temps de carême nous aider à être désaveuglés sur les chimères que parfois nous poursuivons et qui nous aliènent (exactement, comme l’affreux petit monstre). Nous aussi, nous pouvons entendre le Père et le Christ nous dire « Teknon ! » Tes péchés sont pardonnés, les chimères et les colères vaincues, la route est grande ouverte devant toi. Ose la vie !

 

P. Pascal-Grégoire