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Chemin de Carême : Délivre-nous du mal

18/02/2021

Chemin de Carême : Délivre-nous du mal

Traditionnellement, l’Église propose chaque vendredi à notre contemplation le mystère de la mort du Christ. Peut-être qu’à l’instar des disciples de Jean, nous nous demanderons s’il nous faut jeûner ce jour ou pas ? Regardant ces disciples, Jésus répond : « Les invités de la noce pourraient-ils être en deuil pendant que l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. » Pour le Christ, loin d’être une simple pratique religieuse, la question du jeûne est intimement reliée à la mise-à-mort du Juste, comme une réponse au surgissement du mal qui toujours est meurtrier.

 

 

La question du mal n’est pas un concept philosophique, échappé de quelques vieilles métaphysiques. Le mal, hier comme aujourd’hui, est cette réalité ricanante, faussement bonasse, vaguement familière à la manière du serpent de la Genèse qui s’approche de nous, nos proches, de notre société, de notre Église même, pour y semer son désordre et jouir de la destruction et de la mort qu’il a provoqué avec art et manipulation. Le mal est hâbleur et manipulateur, discourant sans fin au nom de vérités supérieures mais ne poursuivant en fait qu’une seule fin : détruire ce qui a été appelé à la vie par pur grâce et pur amour. Le mal ne trouve de satisfaction que dans la destruction de ce qui ose exister en dehors de ses idoles. Seigneur, délivre-nous du mal !

 

Le mal n’a pas craint de s’en prendre au Verbe même de Dieu. Ne croyons pas que nous puissions être épargnés. Le Christ nous a initié à l’art de la résistance : « alors mes disciples jeûneront. » C’est exactement cette grâce que nous avons demandé au jour des Cendres : « que nos privations nous rendent plus fort pour lutter contre l’esprit du mal » (prière d’ouverture) « pour que nous observions le seul jeûne que tu aimes et qui mène à notre guérison » (prière après la communion).

 

A la voracité charognarde du mal qui pense se rassurer par toujours plus de possessions et d’accumulations, nous faisons le choix de nous tenir dans une attitude de respect, de retenue, d’émerveillement devant le mystère de l’être, de tout être, tel que Dieu l’a rêvé pour sa joie et sa surprise. L’esprit du jeûne est refus d’ingérer, d’assimiler, de compacter l’autre tel qu’il soit, alors que la mal se démène comme un beau diable pour réduire toute création et toute créature à la taille standardisée d’une brique pour ses nouvelles tours de Babel.

 

L’esprit du jeûne est non seulement consentement à l’œuvre créatrice, il est aussi désir de vie pour ce qui doit encore advenir et soin pour ce qui qui a été blessé comme le proclamait naguère le prophète : « faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ». Et encore « partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? » (Is 58, 8). Le jeûne est une vie qui se retient pour que puisse advenir le frère et Celui qui nous délivre du mal.

 

P. Pascal-Grégoire Delage