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Chemin de Carême : Ne fallait-il pas ?

17/02/2021

Chemin de Carême : Ne fallait-il pas ?

Au tout début de ce temps de Carême, l’Eglise nous fait réentendre la parole de Jésus sur le sens de sa propre route parmi nous. Comme pour ajuster notre pas à son pas, pour nous aider à régler notre souffle sur son souffle, notre halant sur son halant. La course en haute montagne commence juste. Ne partons pas précipitamment ou à l’aventure. Marcher au pas du Seigneur : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens   et les scribes, qu’il soit tué et que le troisième jour, il ressuscite. »

D’emblée, nous est donné à entrevoir le terme du chemin du Christ, mystère de mort et de résurrection. Mais comment comprendre ce « il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup… », ce « ne fallait-il pas » que le Ressuscité rappellera encore aux deux disciples en déroute sur le chemin d’Emmaüs ?  De quel impératif parle le Christ avec ce « il faut » ? La vie du Christ devait-elle être été entièrement soumise à un destin sans pitié,  sacrifiée à une nécessité qui le dépasse ? Mais au nom de qui ou de quoi ? Et comment entendre ces paroles à l’aune de ce qu’il confiera à ses amis une fois arrivé à Jérusalem : « ma vie nul ne l’a prend, mais c’est moi qui la donne » (Jn 10, 18) ?

 

Et si ce « il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup… » nous parlait de quelque chose d’encore plus radical, de plus originel qu’un consentement à la souffrance même au cœur  du mystère de la Rédemption ? Le Christ ne nous parlerait-il pas alors d’un Mystère de communion, source de toute vie, Mystère d’amour mais d’amour donné, offert jusqu’au bout… Cette nécessité impérieuse dont nous parle Jésus ne serait-elle pas la traduction existentielle de la dynamique de l’Amour trinitaire ? Ou, pour reprendre une image plus contemporaine, l’ A.D.N. de l’Amour divin, un Amour qui ne peut être que donné, et donné jusqu’à l’extrême : « Jésus, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême » (Jn 13, 1).

 

Jésus-Christ est bien parmi nous l’épiphanie d’un Dieu qui se donne jusqu’au bout… dans les joies des noces de Cana comme dans l’horreur du Golgotha, d’Auschwitz et de toutes les folies que l’homme est capable de susciter. Un Dieu qui se donne jusqu’au bout pour faire de nous, de chacun d’entre nous, des vivants qui triompherons en Lui du mal et de la mort. C’est bien en ce sens que saint Maxime le Confesseur disait que la Croix était présente depuis toujours au cœur de la Trinité. Non tant comme le sordide instrument de supplice du Golgotha mais comme la manifestation la plus haute d’un Amour offert jusqu’au bout, jusqu’au renoncement de ce qu’Il est, afin que, nous, chacun d’entre nous, nous soyons à jamais en son Amour.

 

Tel est le Dieu qui nous entraîne à sa suite. Alors nous entendons combien l’appel à porter sa croix n’est en rien une recherche de la souffrance, une complaisance malsaine avec la douleur, mais un appel à se laisser entraîner, animer par ce Dieu qui aime jusqu’au bout, sans concession ni marchandage même si cela l’entraîne jusqu’au Calvaire… L’appel à porter sa croix et à suivre Jésus est invitation à aimer comme Lui. Et cet appel est la promesse même qu’aucune impasse ne pourra nous emmurer et nous détruire, qu’aucun mal ne pourra nous jeter à terre à jamais car, un jour, il nous a été donné d’être animé du souffle même de ce Dieu qui nous aime jusqu’au bout, quoiqu’il lui en coûte.

 

P. Pascal-Grégoire