Paroisse Notre Dame de l'Estuaire

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Chemin de Carême : Danger ! Prophète en vue

07/03/2021

Chemin de Carême : Danger ! Prophète en vue

Mais qu’est-ce qui avait pu mettre les auditeurs de Jésus à ce point hors d’eux-mêmes pour que, quasi-instantanément, ils passent du stade de paisibles villageois à celui d’émeutiers enragés. Le récit de Luc est très clair : « A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. » Ce que Luc décrit de façon précise, c’est le rituel des exécutions par lapidation où l’on commençait par jeter à terre le condamné, face contre ciel, avant de l’achever à coups de pierre. La mort des blasphémateurs. Qu’est-ce que Jésus avait pu dire pour provoquer une telle fureur ?

 

A vrai dire, le Maître n’avait fait que rappeler la Parole de Dieu, cette Parole qui était lue chaque semaine à la synagogue, qui laisse entrevoir le visage de l’Éternel, Béni soit son Nom, et qui dévoile aussi ce qu’il y a dans le cœur de l’homme. C’est cela que les auditeurs de Jésus n’ont pu supporter. Que cette Parole se révèle terriblement contemporaine, parlante, agissante sur le présent que nous partageons avec les autres. Tant que l’on écoute la Parole de loin, comme un lointain et tranquille ronronnement en fond sonore, non seulement ce n‘est pas gênant, c’est même plutôt rassurant, et cela en aide certains à mieux dormir.

 

Mais voilà que Jésus dit le « maintenant » de la Parole. Et l’urgence de notre réponse. Est-ce que nous nous laissons prendre par le chemin qu’elle rend possible ou non ? Allons-nous choisir la vie ou la mort ? Bon, après tout, on pourrait se dire que laisser tomber la Parole, ce sera au pire continuer son petit train-train quotidien et que ce n’est pas si grave que cela… Ce que l’Évangile de ce jour nous dit, c’est que fermer son cœur au souffle incandescent de la Parole lorsqu’il a été perçu dans sa force originelle, ce n’est pas seulement se condamner à une vie plan-plan, c’est se laisser déchaîner en nous les puissances les plus destructrices. Cette Parole qui nous rappelle que nous ne sommes pas des dieux, lorsqu’elle n’est pas reçue et accueillie comme une bonne nouvelle, fait de nous des démons. Bien sûr que nous savons que nous ne sommes pas des dieux, mais nous prenons parfois tant de plaisir à le croire…

 

« Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » Un prophète ne peut mourir qu’à Jérusalem. Lui seul est le Maître de l’histoire. Pas ces agités du religieux sur intérêt. Donner sa vie à Jérusalem, les bras largement ouvert pour accueillir dans une même étreinte les fils d’Israël et les fils des Nations, le peuple des perdus et le peuple des bienveillants.

 

P. Pascal-Grégoire