Paroisse Notre Dame de l'Estuaire

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Bethsabée, l’épouse inattendue 

14/12/2022

Bethsabée, l’épouse inattendue 

 « Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et tiennent ferme à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte je les comblerai de joie dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples. » En cheminant avec les Mères d’Israël, celles qui donnèrent corps et âme au Messie à naître, nous avons vu combien Dieu s’était accordé à ne jamais enclore son projet dans aucun éthnicisme, aucun repli sur soi fut-il même religieux. 

 

    Dieu tisse sa présence avec nous avec l’étranger qu’il installe en sa Demeure, vient bâtir sa demeure dans ce qu’il y a de plus étrange dans la vie pour peu que l’on consente à l’y accueillir. La reine-mère contemple la Cour depuis sa terrasse. Son fils Salomon est un des plus puissants monarques du Proche-Orient. Il vient de faire élever à Yahvé un Temple dans Jérusalem qui l’emporte sur tous les autres sanctuaires par sa somptuosité et sa richesse. La reine Bethsabée sourit, son nom à elle, ne signifie-t-il pas « Fille d’Opulence ». Et pourtant sa naissance ne l’avait guère préparée à une telle trajectoire.

 

    On ne sait pas si la reine est d’origine juive. C’est peu probable car si les traditions bibliques donnent un nom hébreux à son père, Eliam ou Ammiel, nom signifiant « Dieu est mon oncle », c’est bien une façon élégante de dire qu’il n’est pas « fils de Dieu », fils de l’Alliance… Par ailleurs, elle est donnée en mariage à Urie, un mercenaire hittite, un migrant venu d’une de ces petites principautés néo-hittites qui jetaient leurs derniers feux aux alentours de l’an mille avant notre ère à la charnière de l’Anatolie et de la Syrie du nord. Une étrangère venue du nord, belle, très belle pour son malheur et celui de son époux. La vieille reine se rappelle cette nuit tragique où David l’enleva de force pour la soumettre de force. Et puis ses manœuvres lamentables pour faire endosser à Urie le fruit de son péché et jusqu’à l’ignominie de l’assassinat de son fidèle vassal perpétré par ses propres compagnons d’armes. Bien embarrassé, le roi l’avait recueillie au palais mais ce ne fut rien à côté de la dénonciation publique de l’inconduite royale par le prophète Nathan (2 S 12, 9). L’enfant n’avait pas vécu mais David avait fait l’expérience d’une paix et d’une joie neuves à demeurer auprès de la femme étrangère. Elle ne donna pas moins de quatre autres fils au roi et si Salomon, « le Pacifique » fut le plus célèbre, le nom donné à un autre de ses enfants, Nathan (le nom du prophète de Yavhé), laisse entendre que la nouvelle épouse royale choisit de prendre le parti de l’Éternel et de sa Parole.

 

    C’est peut-être pour cela que, de préférence à nombre de princes « mieux-nés » issus de David, fut choisi Salomon, l’ « outsider » pour succéder au vieux roi quand les ombres de la mort s’étendirent sur lui (1 Ch 23, 1) et surtout donner chair à la promesse solennelle faite par l’Éternel et transmise par le prophète Nathan : « Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. S’il fait le mal, je le corrigerai avec le bâton, à la manière humaine, je le frapperai comme font les hommes. Mais ma fidélité ne lui sera pas retirée, comme je l’ai retirée à Saül que j’ai écarté de devant toi. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » (2 S 7, 12-16). Il vient l’enfant de la Promesse à travers les aléas et les violences de nos histoires personnelles et collectives, il vient porté par la fidélité de l’Eternel et la grâce des cœurs qui ont su trouver leur refuge en Lui.


P. Pascal-Grégoire